L'interaction en langue cible au TBI

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Dans des discussions autour de l'utilisation du tableau blanc interactif (TBI) ou tableau numérique interactif (TNI), nous imaginons souvent que l'emploi seul de cet outil peut rendre interactif l'enseignement et les apprentissages.  L'interactivité en cours de langue est associée à la notion de la pédagogie active de Dewey et  celle d' "agir pour apprendre" de Bruner, mais en classe de langue, nous sommes naturellement amenés à penser à l'interaction en langue cible.  Nous nous attendons donc à ce que l'utilisation du TBI facilite l'interaction ou la communication entre enseignants et apprenants, ou entre apprenants.

L'approche communicative, orientée plus vers le sens que vers la forme des mots, et l'approche actionnelle, ou apprentissage par la tâche, sous-tendent l'enseignement des langues secondes à l'heure actuelle.  Il est donc utile de voir des exemples d'activités de classe où le TBI est utilisé pour étayer la communication spontanée dans des contextes authentiques.  Cependant, ce type de communication n'est ni possible ni souhaitable à tous les stades d'acquisition et dans toutes les phases d'une séance ou séquence d'enseignement.  Dans les exemples qui suivent, nous observons l'usage du TBI dans de différents types d'interactions qui vont d'un entraînement à l'utilisation d'éléments linguistiques hors contexte communicatif, en passant par des activités plus ouvertes, pour arriver à une vraie communication en langue cible.  

S'entraîner à la production de formes linguistiques

Exemple 1

Des apprenants d'anglais à l'école primaire en France écoutent la prononciation par l'enseignante de chaque mot désignant un objet qu'ils font glisser du cartable au TBI.  L'enseignante leur demande de le répéter ensemble, et fait réviser tous les mots à plusieurs reprises.  Le TBI permet aux apprenants de se déplacer au cours de l'activité, et les images sont suffisamment grandes et claires pour une identification immédiate du sens de chaque nouveau mot à apprendre.

http://itilt.eu/iwb-practice?id=441

Exemple 2

Dans cette classe d'anglais au collège, les apprenants écoutent des enregistrements audio de leurs propres dialogues afin de choisir la transcription écrite qui y correspond.  Bien que l'enseignante ait contextualisé l'apprentissage en demandant aux apprenants de parler de leurs propres habitudes quotidiennes, cette activité particulière n'implique pas une utilisation communicative de la langue, mais oriente l'attention plutôt sur les formes linguistiques isolées. L'objectif de l'enseignante est une écoute analytique pour identifier des erreurs linguistiques.  Le TBI fonctionne en tant que station d'accueil numérique qui facilite l'accès aux fichiers texte et audio ; l'utilisation du surligneur permet à l'apprenant au TBI de montrer sa réponse à la classe entière.

http://itilt.eu/iwb-practice?id=401

Montrer ses compétences linguistiques

Exemple 3

Dans cette vidéo, un apprenant d'anglais dans une classe de lycée en France lit à haute voix des mots d'une liste préparée par l'enseignante à partir de séances antérieures.  Comme c'est le cas dans les exemples précédents, les éléments linguistiques sont ici présentés détachés du contexte de communication où les apprenants les ont rencontrés auparavant.  Cependant ici les apprenants sont davantage sollicités que dans les exemples précédents dans la mesure où le groupe classe peut montrer des compétences en langue seconde en identifiant et en corrigeant des erreurs de prononciation. La rétroaction est proposée non pas par l'enseignante mais par les pairs, qui ont ainsi l'occasion de s'exprimer plus amplement en anglais.  Le TBI facilite ce travail linguistique en permettant à l'enseignante de projeter son document texte afin que tous puissent le voir clairement ainsi que de surligner des éléments spécifiques.  Cette utilisation directe d'un fichier texte sans passer par le logiciel du TBI est également un exemple de l'efficacité accrue du travail au TBI (lire plus en anglais).

http://itilt.eu/iwb-practice?id=365

Exemple 4

Une autre illustration de l'utilisation du TBI pour aider les apprenants à montrer leurs compétences est tirée d'une classe primaire.  Ici les jeunes apprenants essaient de retrouver les noms anglais d'animaux étudiés lors d'une séance antérieure.  Faire glisser des images de la "boîte magique" (qui a été créée en exploitant le potentiel de couches différentes) donne un aspect aléatoire à l'activité qui motive les apprenants et les aide à focaliser leur attention sur chaque mot tour à tour .

http://itilt.eu/iwb-practice?id=212

Exemple 5

Un troisième exemple de ce type d'interaction est fourni par un cours de français pour des apprenants en formation professionnelle en Allemagne.  Les apprenants travaillent sur le vocabulaire de l'hôtellerie avec une activité où ils doivent glisser des étiquettes pour les déposer sur un plan de chambre d'hôtel. Comme dans les autres exemples de cette catégorie, il s'agit d'une contextualisation a minima, mais les images et le texte viennent étayer la compréhension et la production en langue seconde, ce qui permet à l'enseignante d'offrir des contributions orales plus facilement compréhensibles et plus riches que ce qu'elle aurait pu faire sans TBI.

http://itilt.eu/iwb-practice?id=239

Faire semblant de communiquer en langue cible : les jeux de rôle

Au  niveau suivant d'interaction et d'interactivité, les activités offrent plus de possibilités aux apprenants de prendre des initiatives et de s'approcher d'une communication plus naturelle.  Dans les approches communicative et actionnelle, les interactions en classe doivent imiter les interactions authentiques, et dans l'enseignement des langues à objectif spécifique, par exemple, il est chose facile de repérer des situations aptes à des jeux de rôle : chez l'agent de voyage, demander son chemin, faire ses courses.  Mais dans le contexte scolaire, définir une tâche authentique s'avère plus compliqué : les apprenants sont isolés du monde réel, ou plutôt le monde réel pour eux comprend la salle de classe.  Une tâche authentique peut donc inclure des activités qui sont pratiquées dans des classes non linguistiques, par exemple faire un exposé, présenter une affiche, participer à un débat.  Une activité qualifiée de quasi-authentique pourrait impliquer un jeu de rôle, où les apprenants font semblant de participer à une interaction authentique.

Exemple 6

Les apprenants de cette classe de lycée travaillent sur le thème de l'environnement.  L'enseignant a mis en place un débat sur le changement climatique où les apprenants prennent le rôle d'opposants stéréotypés : "Johnny Greensleeves" du côté des écologistes et "Alexander Cigaroff" pour les industriels.  Ce débat ne représente pas une vraie communication comme dans un cas où les apprenants donneraient leurs propres opinions ou accompliraient une tâche authentique, mais en revanche ceux-ci jouent des rôles. Le texte et les images au TBI les aident dans la production de contributions orales spontanées.

http://itilt.eu/iwb-practice?id=392

Exemple 7

Dans une autre classe du secondaire en Allemagne cette fois-ci, les apprenants font du glisser-déposer avec des fragments de texte pour reformer des phrases de l'actualité locale.  L'enseignante localise cette activité dans un contexte authentique en expliquant qu'elle a cherché des informations pour la classe pendant le weekend mais que "malencontreusement" les éléments se retrouvent mélangés et les apprenants doivent l'aider à les remettre dans l'ordre.  L'utilisation de l'anglais pendant l'activité correspond à cette situation fictive car l'enseignante oriente les apprenants vers le sens des phrases en posant des questions relatives au fond plutôt qu'à la forme des énoncés ("Which team were Mannheim playing?" "Did you go to the market?").

http://itilt.eu/iwb-practice?id=298

Communiquer en langue cible à travers des tâches linguistiques

Exemple 8

Pour jouer à ce jeu de memory, les apprenants allemands doivent lire de courts textes et reconnaître les personnages célèbres qui y sont décrits.  A première vue, ce type d'interaction semble correspondre à la catégorie "montrer ses compétences" ci-haut, mais les savoirs nécessaires pour y contribuer rapprochent cette tâche de toute sorte d'activité scolaire non linguistique qui requiert l'appropriation d'informations et leur réutilisation dans des exercices ou évaluations.  L'enseignante renforce par ses encouragements une orientation vers l'accomplissement de la tâche plutôt que vers l'analyse des formes linguistiques.

http://itilt.eu/iwb-practice?id=374

Exemple 9

Dans le deuxième exemple, les collégiens allemands sont également impliqués dans une tâche authentique lors d'un exposé d'élèves.  Comme ils le feraient dans une classe en langue maternelle, les apprenants essayent de susciter l'intérêt du public pour leur thème, puis de transmettre des informations tout en incorporant les retours de leurs camarades.  Ils utilisent l'outil projecteur (spot) pour focaliser l'attention et créer un suspense.

http://itilt.eu/iwb-practice?id=377

Les neuf exemples de pratique de classe avec des apprenants français et allemands à l'école primaire, au collège et au lycée illustrent l'éventail de types d'interaction que l'on trouve en classe de langue avec le TBI.  Ils montrent l'utilisation du TBI dans de contextes interactifs très différents, allant de la production linguistique entièrement sous le contrôle de l'enseignant qui a pour but de faciliter l'acquisition du vocabulaire et de la prononciation, l'écoute, ou l'analyse grammaticale, jusqu'aux tâches réellement communicatives qui pourraient convenir aux enseignements en langue maternelle et qui donnent ainsi l'occasion  d'une production orale spontanée, pourvue de sens, et pleinement contextualisée.